Calais – France

Bienvenue à Calais

Septembre 2017

Bienvenue à Calais, territoire perdu de la République où la politique d’accueil du gouvernement n’offre plus rien, même plus de jungle. Oui, il y a encore des réfugiés à Calais, et aussi à Grande-Synthe. Ils sont environ 1’000 à survivre en dormant sous des ponts, des buissons, dans la forêt. Plus de jungle mais beaucoup plus de chasseurs ; les CRS sont sans cesse derrière eux. Intimidations, réquisitions de leurs affaires, interdictions de rassemblement et bien sûr, violences policières.

C’est la deuxième fois cette année que je vais à Calais pour rejoindre l’Auberge des Migrants, Help Refugees, Utopia 56 et Refugee Community Kitchen. Ils sont une poignée de bénévoles à se soutenir et à tenir bon face à la pression de la Mairie, de la police et du Département. Ils leurs mettent des bâtons dans les roues, par exemple en les obligeant à construire une cuisine professionnelle pour pouvoir continuer à distribuer des repas chauds ou en confisquant derrière eux, les vêtements et le matériel qu’ils avaient eu tant de mal à collecter et à trier. Mais ils sont encore là, ils resteront et ils ne lâcheront rien. Ils sont devenus amis, ils se soutiennent, ils sont accueillants et chaleureux. Ils viennent d’un peu partout, ils parlent le franglish, ils sont organisés et à l’écoute. C’est une équipe qui roule.

Mais ce qui m’a le plus frappé en partant comme bénévole à Calais, c’est le sentiment d’être dans l’illégalité alors que j’essaie de faire le bien. C’est étrange de devoir à ce point se battre pour aider des personnes démunies. En arrivant là-bas, on prend part à une lutte entre deux forces qui s’opposent. Rester ou partir ; les aider à survivre ou les faire mourir.

L’hiver approche, l’entrepôt de l’Auberge des Migrants est bien vide et le gouvernement ne veut pas construire de camp, ni trouver un abri, ni accepter de tentes, ni même leur laisser un sac de couchage pour la nuit. Alors comment on fait ? On pourrait appeler le Samu social, ils les avaient aidé l’hiver passé… Mais c’était il y a un an, maintenant ils ne s’occupent plus « de ces gens là ».

C’est vraiment la réalité ? C’est ça la France, l’Europe ? On chasse des Hommes, on met sous surveillance les gens qui les aident ou qui les cachent, on les fait vivre « un jour sans fin », on ne les laisse pas se reposer, on leur retire tout espoir. On ne les veut pas chez nous. Mais ils ne vont pas rentrer chez eux, ils ne peuvent pas. Ils subissent cette vie de chien sans aucune autre alternative. Est-ce qu’ils l’ont compris là-haut ? Est-ce qu’ils savent qu’ils vont mourir si ça continue ?

Je suis rentrée de Calais hier, c’était pire qu’il y a 6 mois. Pourtant je ne pensais pas que c’était possible. Grâce à vous tous, on a pu apporter des habits chauds et quelques couvertures. C’était déjà ça, mais ça ne suffit pas. Ils ont besoin de nous et maintenant.

Peu importe qui vous êtes, votre profession, votre âge, le temps que vous disposez, ils ont besoin de vous. Que ce soit à la cuisine, en distribution, à faire des constructions, à les faire sourire, à réfléchir sur comment améliorer l’aide, à coudre ou trier des habits, à faire la vaisselle, à faire le clown ou jouer de la musique, vous serez le bienvenu, c’est une garantie ! Mais y aller, y rester, c’est aussi résister à une politique massive de désinformation et de stigmatisation qui crée un climat de peur, c’est oser aider, c’est se réaliser en réalisant, c’est se sentir utile et devenir acteur du changement.